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Paire d’As ? Paire de Rois ? Facile, le coup est dans la poche (ou presque !). Et avec une paire de Dames ou de Valets, même si on ne se sent pas invincible, on envisage le coup
avec une certaine confiance et un optimisme justifié. Une paire de Sept, de Huit, de Neuf, ou même de Dix, et les choses se compliquent. On se demande toujours comment aborder ces paires
intermédiaires : vaut-il mieux être agressif ou au contraire privilégier un jeu tout en finesse ? Ma position est-elle favorable à l’une ou l’autre de ces deux options ? Et face à
mes adversaires du jour, laquelle de ces techniques sera la plus payante ? Autant de questions dont les réponses sont variables.
Une seule certitude : si les grosses paires sont souvent gagnantes même sans amélioration, il est revanche bien difficile de remporter un pot dans lequel plusieurs joueurs sont impliqués
avec une paire intermédiaire. A moins bien sûr d’avoir amélioré au flop. C’est-à-dire d’avoir trouvé son brelan. Soit à peine 12% de chances que cela arrive ! Par
conséquent, dans 88% des cas, vous n’aurez guère plus après le flop que ce que vous aviez en main avant. Certes, une paire moyenne peut quelquefois s’avérer suffisante pour
gagner au flop, si celui-ci est inoffensif (pas de possibilité de quinte ou de couleur, pas de grosses cartes…), autant dire une infime minorité de cas. Résultat des courses : pour gagner
avec une paire moyenne, il faut améliorer au flop ! Sinon, il faudra « lâcher » le coup en cours de route, sous peine de perdre un « max » de
jetons.
Alors comment jouer sa paire moyenne pour qu’elle devienne profitable ?
Jouez-la « masqué » !
Le joueur agressif qui choisit de relancer avec une moyenne paire comme il le ferait avec une grosse paire ou un « bel » As a pour unique espoir que tous les joueurs se
couchent sans livrer combat. Car, dans le cas contraire, bon courage pour négocier un flop où les grosses cartes se bousculent, avec en plus un tirage à la couleur ! Or, dites-vous bien que,
sur une table de 8 à 10 joueurs, même en relançant très fort, vous aurez toujours un « client ». Que vous ne ferez pas passer s’il a une grosse paire en main, un As bien accompagné ou
tout autre bon jeu. Vous aurez donc inutilement perdu des jetons, là où il suffisait de « caller ».
C’est l’une des raisons pour lesquelles il est généralement déconseillé de relancer une moyenne paire pré-flop, mais ce n’est pas la seule.
La seconde raison est d’ordre plus technique : elle relève de la rentabilité et fait intervenir les pot odds, la cote financière. Puisque les paires intermédiaires
n’ont que 12% de chances d’améliorer au flop (même si le gain n’est pas garanti à 100%, vous êtes en très bonne voie !), alors il faut que le « jeu en vaille la chandelle ».
C’est-à-dire que les gains potentiels du coup doivent être à la hauteur des risques que vous prenez. En d’autres termes, il faut que le rapport entre la cote financière du pot et les chances de
gains soit en votre faveur. Alors seulement vous aurez rentabilisé votre main.
Prenons un exemple concret
Vous avez une paire de Neuf en mains, et vous vous trouvez face à huit adversaires qui, comme vous, ont payé les 10$ de blind pour voir le flop. Le pot est alors de 90$, ce
qui signifie que, si vous remportez le pot, vous gagnerez 8 fois votre mise. Ce rapport mise/gains de 8 pour 1 (80$ gagnés pour 10$ misés) est en adéquation avec vos chances de gains, qui sont de
12% (7,5 contre 1). A l’inverse, si vous n’êtes que deux joueurs dans le coup pour un pot de 20$, vous ne remportez qu’une seule fois votre mise (10$ gagnés pour 10$ misés), ce qui constitue un
retour sur investissement de 1 pour 1, donc très faible au regard des probabilités d’amélioration de votre main.
Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait peut-être croire, il ne faut pas isoler ses adversaires lorsqu’on a une paire moyenne en main. Car les paires intermédiaires ne sont statistiquement
rentables qu’avec un pot très supérieur à votre mise, donc avec un maximum de joueurs dans le coup.
Enfin, troisième argument : la profitabilité. Dans l’hypothèse fastueuse où vous « touchez votre brelan », il va falloir que ça rapporte. Pour cela, il faudra que
votre adversaire touche lui aussi son jeu. Et ce sera chose d’autant plus probable si le pot n’a pas été relancé et que de nombreuses mains intermédiaires sont entrées dans la partie. Ainsi,
imaginons que vous avez une paire de Sept. Vos adversaires ont des mains moyennes telles que R-10, D-V ou A-3 assortis. Et là, le flop s’affiche : A, 7, 3. Inutile de vous dire qu’avec votre
brelan de Sept bien camouflé, vous n’aurez aucun mal à soutirer une bonne pile de jetons à votre adversaire qui floppe deux miraculeuses paires…
On comprend mieux maintenant pourquoi la relance pré-flop est un choix tactique douteux, à la fois risqué et peu rentable.
Risqué, parce qu’en relançant avant le flop, vous pourriez vous retrouver face à une grosse paire (ou du moins une paire supérieure), contre laquelle vous partez perdant à 4 contre 1. De plus,
vous vous exposez à sur-relance qui vous placerait alors devant une décision difficile, voire marginale.
Peu rentable, car en plus de vous priver d’une bonne cote financière, vous décourageriez certains joueurs ayant des mains intermédiaires de rentrer dans le coup, ceux-là mêmes qui seraient
susceptibles de vous payer.
Apprenez à jeter votre paire
Même si cela peut paraître inconcevable de prime abord, il est des situations où il vaut mieux jeter sa paire de Sept ou de Huit avant le flop. C’est une décision encore plus pénible
si on n’a pas « eu de jeu » depuis 40 minutes, mais elle peut être salvatrice. Car si vous vous obstinez envers et contre tout (et tous !) à jouer votre moyenne paire, vous
pourriez y laisser une bonne partie de votre tapis, sinon son intégralité. Comment faire pour éviter cela ?
La réponse est toute simple, mais elle mérite néanmoins d’être énoncée clairement : pour être sûr de ne pas s’accrocher à sa main et perdre tout un tas de jetons, il suffit de ne
pas la jouer ! Oui, dans certaines situations précises, il peut être parfaitement raisonnable, et même vivement recommandé, de jeter sa paire avant le flop. Exemple : vous
êtes UTG avec une paire de Huit, vous callez, un joueur relance, un autre passe, un autre encore sur-relance… et enfin un cinquième paye cette surenchère ! Vous la sentez comment, là, votre
petite paire de Huit ? Avec toutes ces relances, payées rubis sur ongle, il y a fort à parier qu’une grosse paire (au moins) vous attend au tournant. Et même en considérant qu’il n’y a pas
d’autre paire à la table mais uniquement des grosses cartes connectées, vous êtes certes légèrement favori face à des mains telles que A-R, A-V ou encore R-D prises séparément, mais vous êtes en
revanche outsider à 2 contre 1 si vous les affrontez toutes à la fois. Sans compter que dans ce genre de situations, il est à prévoir que la suite du coup sera orageuse, que les jetons
vont valser et les tapis s’envoler. Vous devrez donc absolument avoir « floppé » votre brelan pour rester dans le coup, car vous n’aurez pas de carte gratuite. Or, plus de 9 fois sur
10, il n’y aura pas de miracle…
Vous savez maintenant quelle est la façon la plus appropriée et la plus rentable de jouer les paires moyennes : caller, espérer qu’un maximum de joueurs entre dans le coup, ce qui vous garantit une bonne cote financière et augmente vos chances de tomber sur un adversaire qui, lui aussi, aura trouvé un jeu suffisamment gros pour vous payer (mais de préférence pas suffisamment gros pour vous battre …). Et à présent que ces mains « piège » n’ont plus de secret pour vous, vous ne les jouerez plus jamais au petit bonheur la chance ou au « feeling », mais comme un vrai pro. Vos adversaires n’ont qu’à bien se tenir !
Les 10 règles d’or
